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Logement : nouvelles mesures, nouvelle(s) tendance(s)

28 Juil 2026 Newsletter

En matière de logement — et, plus largement, d’aménagement — les réformes engagées depuis plusieurs années traduisent un changement de méthode. À défaut d’une grande réforme unificatrice, les textes adoptés ou en cours d’examen privilégient désormais une action plus ciblée : davantage de souplesse réglementaire, un recours assumé aux mécanismes dérogatoires pour accélérer la production de logements et une confiance accrue accordée aux collectivités locales. Cette évolution ne repose donc pas sur un texte fondateur unique, mais sur une succession de réformes qui, mises bout à bout, dessinent une doctrine d’action publique autour de trois axes : assouplir, territorialiser et accélérer. Le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, déposé au printemps 2026, s’inscrit pleinement dans cette tendance.

Assouplir les règles via la dérogation

La loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement du 26 novembre 2025 illustre particulièrement le premier jalon de cette nouvelle approche. Le texte a ainsi étendu à l’ensemble du territoire les dérogations au PLU autrefois réservées aux zones tendues, facilité les opérations de surélévation et la réalisation de logements étudiants par ce même biais, permis la réalisation de logements dans certaines zones d’activités économiques et favorisé la transformation de bâtiments existants, notamment agricoles. Il a également simplifié les procédures d’évolution des documents d’urbanisme et renforcé les outils de renouvellement urbain.

Cette logique a été prolongée par la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026, qui facilite la mise en œuvre d’équipements énergétiques collectifs et adapte les dispositifs de revitalisation des territoires afin d’intégrer davantage les zones commerciales périphériques et les entrées de ville.

Parallèlement, la proposition de loi de simplification des normes applicables aux collectivités territoriales, présentée le 15 avril 2026 et adoptée par le Sénat en première lecture, poursuit la même ambition. Elle envisage de nouvelles dérogations au PLU, des assouplissements en zones agricoles ou naturelles et une application plus flexible des objectifs de réduction de l’artificialisation des sols.

La loi du 29 juin 2026 visant à améliorer l’accès au logement des travailleurs des services publics prévoit également la possibilité de déroger aux règles de destination du PLU afin d’autoriser la réalisation, par construction ou transformation, de bâtiments principalement destinés aux travailleurs publics.

Le projet de loi de relance et de décentralisation du logement contient lui aussi des mesures dérogatoires, applicables au sein de périmètres de développement du logement nouvellement créés.

 

Territorialiser les politiques et les moyens d’action

Au-delà de l’allègement réglementaire, les réformes récentes traduisent en effet une volonté de concentrer les moyens d’action sur des territoires identifiés comme prioritaires ou stratégiques. L’approche uniforme cède progressivement la place à une logique de périmètres spécifiques bénéficiant d’outils adaptés.

Cette évolution apparaît déjà dans les nouvelles dispositions relatives aux opérations de revitalisation du territoire (ORT) issues de la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026, qui distinguent désormais les centres-villes des périphéries commerciales afin de mettre en place des actions ciblées selon les enjeux locaux.

Mais c’est surtout le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement qui porte cette logique à son terme. Le texte prévoit la création d’un troisième programme national de renouvellement urbain (PNRU 3), doté de cinq milliards d’euros pour la période 2026-2040, ainsi qu’un nouvel outil : les périmètres de développement du logement.

Créés à l’initiative des collectivités, ces périmètres pourraient être instaurés pour cinq ans renouvelables dans les zones urbaines ou à urbaniser. Ils bénéficieraient d’un régime juridique particulier permettant de déroger aux règles du PLU, ainsi qu’aux orientations d’aménagement et de programmation, sous réserve que ces dérogations ne compromettent pas la bonne insertion des constructions dans le tissu urbain existant. Les logements ainsi créés devraient être à usage exclusif de résidence principale et les autorisations administratives pourraient être délivrées sur simple avis de l’Architecte des Bâtiments de France. L’ambition est claire : créer de véritables « zones d’accélération » du logement là où les collectivités souhaitent intensifier la production résidentielle.

Le projet de loi tient également compte de la spécificité de La Défense. Il renforce les pouvoirs de l’établissement public Paris La Défense et assouplit certaines de ses règles de gestion et d’aménagement. Il crée surtout, à titre expérimental et pour une durée de cinq ans à compter de la promulgation de la loi, un certificat de projet destiné aux porteurs de projets de construction ou de transformation situés dans le périmètre de l’opération d’intérêt national de La Défense, lorsque ces projets portent sur une surface de plus de 20 000 mètres carrés. Ce certificat aurait pour objet de stabiliser les règles législatives et réglementaires applicables, sous réserve que la demande d’autorisation soit déposée dans un délai de trois ans à compter de sa délivrance.

 

Accélérer et sécuriser les projets

Un autre trait marquant des réformes récentes tient à la place croissante accordée à la simplification des procédures. Les pouvoirs publics considèrent désormais que les délais administratifs constituent un obstacle majeur à la réalisation effective des opérations.

La loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement de novembre 2025 avait déjà engagé cette dynamique en simplifiant l’évolution des documents d’urbanisme et en créant de nouvelles autorisations adaptées aux projets complexes.

Le projet de loi de relance et de décentralisation du logement franchit toutefois une étape supplémentaire. Il habilite le Gouvernement à rationaliser ou fusionner diverses procédures, à accélérer les mises en compatibilité des documents d’urbanisme et à simplifier les procédures environnementales et d’expropriation. L’objectif n’est plus uniquement de modifier les règles de fond, mais de sécuriser les projets et de réduire l’incertitude juridique qui pèse sur leur réalisation.

En parallèle, le texte cherche à faciliter et à accélérer la rénovation énergétique du parc, tout en tenant compte les contraintes techniques, patrimoniales ou de copropriété susceptibles de rendre cette mutation difficile dans les délais prévus.

 

Renforcer le rôle des collectivités locales

Les différents textes opèrent également, progressivement, un déplacement du centre de gravité des politiques du logement : l’État demeure prescripteur, mais les territoires sont de plus en plus placés au cœur de la mise en œuvre.

Cette évolution se traduit d’abord par un renforcement des outils à disposition des acteurs locaux. La loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement de 2025 a fait évoluer certains opérateurs d’aménagement tels que les EPFL et les SPLA-IN, tandis que la proposition de loi de simplification des normes des collectivités territoriales prévoit une meilleure transmission des données fiscales relatives à la vacance et à l’habitat afin d’éclairer les politiques locales du logement.

Le projet de loi de relance et de décentralisation du logement marque toutefois une étape supplémentaire. Il prévoit le transfert ou la délégation d’une partie des aides à la pierre, des aides à l’habitat et de certaines compétences relatives au logement social aux intercommunalités volontaires, tout en renforçant les autorités organisatrices de l’habitat (AOH). Il ouvre également une expérimentation en Île-de-France sur des compétences aujourd’hui exercées par l’État, notamment en matière de relogement, de réservation de logements sociaux ou de mise en œuvre du DALO. Enfin, il redonne aux maires un rôle majeur dans l’attribution des logements sociaux en renforçant leur place au sein des commissions compétentes.

Au total, ces réformes traduisent une inflexion notable de la gouvernance du logement : l’État conserve un rôle d’impulsion et de définition du cadre général, mais les collectivités territoriales sont appelées à devenir les principaux pilotes opérationnels des politiques de l’habitat.

Le projet de loi de relance et de décentralisation du logement concentre ainsi l’ensemble de ces tendances. À ce titre, il mérite d’être présenté comme un texte charnière, à la fois de simplification, de territorialisation et de décentralisation.

 

 

Ces différentes évolutions confirment une transformation profonde de la politique du logement. La norme n’est plus seulement pensée comme un cadre uniforme applicable à tous les territoires, mais comme un instrument susceptible d’être adapté, modulé ou écarté lorsque la production de logements l’exige. Cette logique peut offrir des marges de manœuvre utiles aux collectivités et aux opérateurs. Elle soulève toutefois une interrogation de fond : à force de multiplier les régimes spécifiques et les dispositifs dérogatoires, la simplification recherchée ne risque-t-elle pas de produire une nouvelle complexité ?

 

Juliette Marion (Lab Cheuvreux)




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